09/08/2012

Les "zones de sécurité prioritaires" s'attirent les critiques

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a rendu public samedi le périmètre des quinze premières "zones de sécurité prioritaires" qui seront créées en septembre, et qui visent à renforcer la coordination des forces de sécurité dans certains territoires sensibles. Alors que la droite crie au déjà-vu et dénonce l'absence de moyens, les syndicats de police critiquent le flou entourant ce nouveau dispositif.

C'était l'un des 60 engagements du candidat François Hollande. Manuel Valls a dévoilé samedi le périmètre des quinze premières "zones de sécurité prioritaires" (ZSP) qui seront déployées dès septembre. Il s'agit pour le ministre de l'Intérieur de "mettre en place une action de sécurité renforcée sur des territoires bien ciblés, caractérisés par une délinquance enracinée et de fortes attentes de la population", avait il expliqué en juin dernier.

"L'idée, c'est de mettre le paquet là où il faut, pour ce qu'il faut, avec souplesse, adaptation", a ajouté le ministre de l'Intérieur devant les préfets mardi 31 juillet. Les ZSP devraient combiner l'action de différents services de l'Etat, tels que police et gendarmerie, mais aussi justice, fisc ou encore différents services en charge de la répression des fraudes diverses, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Cayenne (Guyane), les quartiers nord de Marseille mais également Amiens (Somme) ou encore Vauvert (Gard) font partie des premières zones choisies.

"Une déclaration martiale totalement improvisée"

Mais l'annonce de la mise en place de ces zones ne convainc pas à droite, qui attaque l'absence de nouveauté du dispositif. Dans une interview accordée au Figaro, Eric Ciotti évoque une "mesurette médiatique". Et le député des Alpes-Maritimes rappelle tous les dispositifs de traitement prioritaire déjà mis en place pour les zones jugés sensibles, telles que les Brigades spécialisées de terrain (BST), le périmètre de sécurité ou l'Unité territoriale de quartier (Uteq). "Il n'y a aucune rupture avec ce qui a déjà été fait. On est dans une déclaration martiale totalement improvisée", abonde Bruno Beshizza. Le secrétaire national de l'UMP chargé de l'emploi des forces de sécurité explique au JDD.fr : "François Hollande avait annoncé pendant sa campagne la mise en place d'une soixantaine de zones de sécurité prioritaires. Trois mois après son installation, Manuel Valls n'a réussi à sortir que 15 zones. Cela en dit long sur l'absence de préparation de la gauche sur ce sujet".

L'opposition critique également le manque de moyens financiers et humains alloués au dispositif. Seulement une partie des 1.000 postes promis par an pour la police et la justice devrait être destinée à ces zones prioritaires, révèle l'AFP qui cite une source proche du dossier. "On va déshabiller Pierre pour habiller Paul", raille Bruno Beschizza, qui évoque un simple "redéploiement". "Pendant sa campagne, François Hollande avait promis 1.000 postes par an. Aujourd'hui on évoque le chiffre de 62 policiers pour ces zones, soit à peine plus que le nombre de zones prévues. On voit bien que l'on est dans l'effet d'annonce", ajoute le "monsieur sécurité" de l'UMP.

Les syndicats dans l'expectative

De leur côté, si les syndicats de police semblent satisfaits de la philosophie du projet, c'est l'absence de précisions qui entoure ce nouveau dispositif qui inquiète. Alliance Police Nationale considère dans un communiqué que "tout schéma visant à identifier et éradiquer les noyaux durs de la délinquance dans certaines villes est une bonne chose". Mais se dit également "surpris, à la lecture de la circulaire ministérielle, de ne rien apprendre sur le fondement des missions, les effectifs et les moyens matériels affectés à ces 15 cibles".

Même tonalité du côté d'Unsa police : "La démarche qui consiste à renforcer la coordination entre les forces de sécurité est intéressante. Nous attendons de voir quelles seront les modalités de ce plan en terme d'effectifs et de missions", explique au JDD.fr Thierry Launois, secrétaire général du syndicat. Et ce dernier d'ajouter : "Les 1.000 postes prévus par François Hollande sont répartis entre deux ministères. Ils couvrent à peine nos départs à la retraite. Par ailleurs, il n'est pas certain qu'il soit judicieux d'envoyer des jeunes policiers dans des zones sensibles". Selon Le Parisien, Manuel Valls prévoit déjà de déployer “une quarantaine d’autres zones” d’ici l’été 2013.

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