05/01/2013

Hollande peut-il enrayer la hausse du chômage?

François Hollande en a fait sa priorité pour 2013. Le président a réaffirmé son objectif "d’inverser la courbe du chômage" avant la fin de l’année. "Un résultat difficile à atteindre, conditionné par un retour relativement incertain de la croissance", analyse Philippe Martin, professeur au département d’économie de Sciences Po. "Etant donnée la politique d’austérité menée, et qui conduira fatalement à une contraction de l’activité, une baisse du chômage est peu probable", prédit quant à lui Pierre Concialdi*, économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES), spécialiste du marché du travail.

Le crédit d’impôt aux entreprises

C’est la mesure phare du gouvernement pour faire baisser le chômage. Adopté à l’issue de la remise du rapport Gallois, un crédit d'impôt de 20 milliards d'euros sera accordé aux entreprises qui emploient au moins un salarié payé jusqu'à 2,5 fois le smic. Le crédit d'impôt équivaudra à 4% de la masse salariale de ces salariés en 2012, et 6% en 2013. Cette mesure "pourrait favoriser les décisions d’embauche", juge Philippe Martin. "Mais ce système a deux défauts : il est un peu compliqué, et l’incertitude quant à sa pérennité pourrait faire hésiter les entreprises à embaucher", nuance l’économiste.

Le gouvernement espère que les marges restaurées grâce au crédit d’impôt seront utilisées pour l'investissement et l’embauche. Mais aucune mesure contraignante n’est prévue pour que l’argent économisé par les entreprises soit utilisé dans cette direction. Ce qui fait dire à Pierre Concialdi que le crédit d’impôt ne permettra pas de créations d’emplois : "cela fait vingt ans que les pouvoirs publics cherchent à augmenter la marge des entreprises, et ça n’a jamais fonctionné".

"Emplois d’avenir", "contrats de génération"

Ces mesures appartiennent au volet "traitement social du chômage" de la politique économique du gouvernement. 2 000 "emplois d’avenir", concentrés sur les publics en difficulté, ont été mis en place cette année. Ils devraient atteindre 100 000 d’ici fin 2013. Le gouvernement mise également sur les "contrats de génération", dispositif qui exonère toute embauche d’un jeune, couplée au maintien d’un senior dans l’emploi. 500 000 signatures de ces contrats sont espérées dans les prochaines années. "Des mesures qui ne produiront que des effets de court terme", regrette Philippe Martin. Pierre Concialdi évoque lui "des rustines, dérisoires par rapport à l’ampleur du problème du chômage".

Négociation sur le marché du travail

Patronat et syndicats ont rendez-vous les 10 et 11 janvier prochain pour tenter de signer le "compromis historique" sur le marché du travail, souhaité par François Hollande. De nombreux points en discussion pourraient, s’ils étaient adoptés, avoir un impact sur l’emploi. Le gouvernement espère notamment un accord Medef-CFDT pour autoriser les entreprises à baisser les salaires ou à ajuster le temps de travail en cas de difficultés importantes, ce qui permettrait d’éviter des licenciements.

Les commentaires sont fermés.